samedi 13 décembre 2014

Maixent Accrombessi, le ciel comme limite...

Les choses du pays acte 5
Maixent Accrombessi le ciel comme limite...

Le dernier livre de Pierre Péan nous apprend que le directeur de cabinet d'Ali Bongo et figure de proue de la légion étrangère ( entendez par-là l'équipe d'étrangers fraîchement naturalisés qui encadre le président Ali Bongo: Éric Chesnel conseiller à la présidence; Charles Bobbit, son conseiller américain pour le funk; Park Sangchul, plus connu sous le surnom de «Monsieur Park», qui dirige sa sécurité personnelle ; sans oublier les deux plus importants : Liban Soleman, chef de cabinet gabono-somalien, et Maixent Accrombessi, tout-puissant directeur de cabinet, d'origine béninoise...), est le véritable homme fort du pays.
En dehors, de son passage comme conseiller d'Ali Bongo au ministère de La Défense nationale, de ses fonctions actuelles, on ne sait presque rien sur sa vie. On dit qu'il a occupé dans le passé des travaux informels dont celui de démarcheur en immobilier.
Il est dit, qu'il croise André Mba Aubame (AMO) dans ses escapades libertines, il est le frère ou le cousin (?) de la meilleure amie de la "femme" béninoise de ce dernier. Nous sommes bien en Afrique, l'Afrique de la famille élargie, les amis des amis de nos amis sont nos amis.

"Ambianceur", jovial, toujours disponible même pour aller acheter des cigarettes chez le " Malien" d'en face Maixent devient très vite utile à AMO... Ã partir de là, dans une amitié intéressée, il commence ses débuts comme conseiller en "maraboutage" d'AMO, rabatteur de "nanas", porteur de valises, opportuniste en tout genre...

Ce qui est sûr, il arrive au Gabon avec les mallettes d’AMO qui le présente à son ami Ali. Au même titre que le griot vie aux dépens de celui qui l'écoute, il trouve chez Ali Bongo une oreille facile et un fort potentiel d'opportunités, Ali Bongo n'est-il pas le fils d'un Président.
Les mêmes prestations qu’il proposait à AMO, il les vend à Ali son nouveau "boss". Malin comme un Sioux, Maixent Accrombessi remarque très vite que ce nouveau "boss" à un gros penchant pour la superstition et les choses occultes, une aubaine... Une vraie aubaine, pour ce fils de Ouidah, ville du Bénin, Mecque du vaudou.

La suite vous la connaissez, avec un brin d'humour disons-le: en une décennie Maixent Accrombessi gravi tous les hauts échelons "de l'administration gabonaise": De démarcheur immobilier à chauffeur; De chauffeur à convoyeur de gri-gri; De convoyeur de gri-gri à maître vaudou; De maître vaudou à chef de cabinet; De chef de cabinet à directeur de cabinet; De directeur de cabinet à patron de l'État Gabonais.
Lorsqu'en 2009 Ali Bongo accède à la magistrature suprême, face à une assistance ébahie, il s'extasie " Ã nous les milliards. Je le tiens, il est là dans ma main».
Incroyable! Mais bon! Nous sommes au Gabon.....

Assis comme directeur de cabinet du président de la République Maixent Accrombessi s'empresse de s'accaparer tous les pouvoirs. Il comprend très vite que celui qui gère "les caisses" contrôle l'administration, celui qui gère les "services" contrôle les Gabonais. En très peu de temps, il met l'administration à genoux et les généraux de l'armée aux gardes à vous. Les Gabonais sont tétanisés.
Les rôles sont distribués : le président Ali Bongo touriste devant l'éternel jouit de ses voyages,  Maixent mène le pays à la baguette. "Maixent Accrombessi, gère les services secrets, les nominations dans la haute administration, les caisses de l'État, les agences rattachées à la présidence et le gouvernement."

Sa puissance, émane surtout de la mise sous sa tutelle des finances publiques de l'État, bien évidemment, l'argent nerfs de la guerre mère des batailles, est le point fort de la dictature des Bongo. Maixent Accrombessi s'en accapare au grand dam des ayants droits du régime et autre rapaces.

" (...) excédé par les manipulations auxquelles se livraient ceux qu'on appelle à Libreville la « Garde émergente» ou la « Légion étrangère » lors du vote de la loi de finances rectificative, Guy Nzouba Ndama, président de l'Assemblée nationale, sen est plaint lors d'un tête-à-tête avec Ali Bongof!. Il lui a révélé l'ampleur des ponctions sur les fonds publics auxquelles se livraient les « jeunes émergents », détaillant les lignes budgétaires fictives destinées, in fine, à remplir leurs poches, insistant sur les « détournements massifs » qui n'échappent pas à la connaissance du peuple. Il lui a signalé les manigances d'Yves-Fernand Manfoumbi, directeur du Budget, pour mettre à la disposition de son ami le « pôpô Maixent Accrombessi" des moyens exorbitants.
Ce système de prédation des finances publiques, décrit par Guy Nzouba Ndama, est on ne peut plus sophistiqué. Les visiteurs du bureau du « dircab II », au cinquième étage du palais du Bord de mer, peuvent appréhender concrètement comment se déroule ce pillage. Accrombessi dispose en effet d'un terminal informatique qui lui permet de gérer personnellement toutes les recettes et dépenses de l'État gabonais, notamment l'ensemble du budget d'investissement et les subventions publiques. Les ministères ne jouissent d'aucune liberté de manœuvre. Dans ce système, la pompe à fric la plus avide est greffée sur une ligne budgétaire de la présidence intitulée (' Projets transversaux II, gérée exclusivement par Accrombessi. Les détournements se font notamment par le biais d'investissements fictifs. La toute-puissance du "dircab" est telle qu'il peut convoquer le TPG (le trésorier du Gabon) afin qu'il lui amène séance tenante des milliards de francs CFA en liquide, qu'il pourra ensuite faire filer vers l'étranger. La traque internationale du blanchiment est devenue si intense que les pilotes du système politico-mafieux gabonais utiliseraient également la banque centrale comme " lessiveuse"."

Ainsi, le tout-puissant Maixent Accrombessi a installé dans son bureau à la présidence de la République un terminal informatique (avec toutes les habilitations) qui est directement relié à la trésorière générale du Gabon. Dans le tréfonds de son bureau, à son aise et peu importe l'heure, il transfert, se fait livrer des CFA, il ajuste en toute solitude, les plus et les moins du budget de la nation d'un pays pétrolier...

Le Gouvernement et le parlement assistent impuissant  à cette entreprise de pillage systématique des finances publiques. L'opposition démocratique, la société civile, malgré les dénonciations, les condamnations de ces détournements sans précédent des caisses de l'État sont dans l'impuissance d'y mettre fin. Quant au peuple Gabonais, assommé par sa misère et préoccupé par la quête quotidienne de sa maigre pitance il s'en remet à Dieu à travers les églises dites du "réveil".

Le système de prédation, est bien huilé, Maixent Accrombessi s'appuie de très peu d'intermédiaires dont : "Yves-Fernand Manfoumbi directeur du budget; Sosthene Ossoungoû Ndibangoye trésorier payeur général; de Seydou Kane pour les sorties du territoire d'argent liquide. Aussi, quand les sorties d'argent sont de l'ordre de l'irrationnel, le système Accrombessi fait appel aux avions de Vincent Miclet, un français qui a fait fortune en Angola."

Le système de prédation des finances publiques de l'état Gabonais est tellement sophistiqué d'opacité, qu'on ose parier sans se tromper que sa mise en place à fait appel à des experts du grand banditisme et de la criminalité financière internationale.
En effet, le livre de Pierre Péan nous apprends que
" Les paravents utilisés par Accrombessi rendent difficile, voire impossible, une estimation de sa fortune. Une bonne partie a été acheminée en liquide au Bénin, à l'ile Maurice, entre autres paradis fiscaux. Mais il aime la pierre, qui laisse des traces, en dépit des écrans dressés pour se dissimuler. Il avait ainsi acheté pour sa femme une somptueuse résidence en Virginie pour quelque 70 millions de dollars, qu'il a revendue pour un très luxueux appartement à Georgetown. Il s'y rend tous les mois à bord d'un Global Express appartenant à Vincent Miclet, si ce n'est à lui. A Paris, il possède des appartements rue Marbeau, boulevard Lannes et rue Lalo, une maison en Bretagne, des parkings, il a des comptes à Singapour, au Crédit lyonnais et à la HSBC de Hong Kong, des sociétés au Bénin et à Monaco...
Mais Maixent Accrombessi est pénétré d'un tel sentiment d'impunité qu'il ne se sert pas toujours de « petites mains » pour ses opérations, notamment pour le transport de caisses de billets de banque. Ainsi, le 13 novembre 2011, Ali Bongo étant en voyage officiel à Abu Dhabi, Accrombessi a utilisé un avion officiel pour se rendre à Cotonou. Intrigué par de si fréquents voyages, l'homme de la police des frontières en service ce jour-là a pris sur lui de fouiller l'avion sans en référer à ses supérieurs. Là, surprise : l'appareil ressemblait à la caverne d'Ali Baba! Le « dircab » était escorté de trois «jeunes filles » complètement shootées. Les policiers trouvèrent à bord de la drogue et quelques 5 milliards de Fcfa …"

Les estimations selon le  Journal, ÉCHOS DU NORD, n° 222, du lundi 03 Mars 2014 :

"En quatre années de pouvoir, Ali Bongo Ondimba et les siens, selon un haut cadre du Trésor public sous couvert d’anonymat, ont eu entre les mains près de 15 000 milliards de FCFA. A cela s’ajoutent des excédents budgétaires de plusieurs milliards dont près de 850 pour la seule année 2013 ; des ressources d’emprunt sur les marchés internationaux de 1 250 milliards de FCFA et 40 milliards sur le marché domestique au mois de janvier 2014 ; un redressement fiscal de 400 milliards infligé à Addax Petroleum, sans parvenir à réduire la pauvreté."