vendredi 18 avril 2014

Gabon: Jean Ping face à Ali Bongo "de la catastrophe naît la solution..."


Gabon: Jean Ping face à Ali Bongo "de la catastrophe naît la solution..."

Ping face à Ali Bongo est un atout pour l'opposition non pas parce qu'il est un homme d'une grande expérience et d'un âge certain mais parce qu'à lui tout seul il semble être l'homme de la situation. Ping a toujours côtoyé le pouvoir sans être un politique; il a toujours été solitaire et diplomate sans être rassembleur et populaire... Grand commis du Bongoïsme il n'en revendique pas l'héritage. L'argent il en a gagné mais sans le dilapider ni le distribuer comme aimait le faire son mentor. Ce qui lui vaut d'ailleurs, le surnom de Ping "le Pingre"...
Un personnage central sous Omar Bongo. Ping a surpris tout le monde par sa sortie politique, d'autant plus qu'elle s'ancre directement et entièrement dans l'opposition. Il apparaît au grand jour au moment où Ali Bongo voyait réuni autour de sa personne tous les ingrédients d'une réélection les mains dans les poches. Bien que l'opposition politique au Gabon dispose d'hommes valables, il existe en son sein trop d'incohérences: l'incapacité à fédérer, le manque d'organisation dans la stratégie globale de prise de pouvoir. Une opposition lacérée par la dissolution de l'Union Nationale, la maladie d'André Mba Aubame, des leaders aux discours disparates et opposés... Avec un tel tableau, Ali Bongo moulait du bon grain pour 2016, jusque là, tout lui souriait. Ali Bongo avait même oublié Ping mais Ping n'avait pas oublié Ali Bongo....

À la hussarde et comme Zorro, Jean Ping rentre en scène, pour contrecarrer tous les plans. D'entrée de jeu le ton est donné, Ping ne prend pas de gants, ne mâche pas ses mots : aucune personnalité de ce niveau n'a dépeint avec autant de lucidité et en des termes aussi durs le régime d'Ali Bongo.
Ping est sans appel dans ses analyses. Dégouté d'avoir voté pour Ali Bongo, Ping veut corriger son erreur. Dégouté par la manière dont Ali Bongo gère le pays, Ping n'y voit qu'une solution: Ali Bongo doit partir sinon nous allons vers une catastrophe....
Cette sortie de Ping puis celle de Robert Bourgi nous amène une fois de plus à nous interroger sur la personne d'Ali Bongo. Pourquoi Ali Bongo ignore, méprise et pousse tous ceux qui l'ont fait roi à s'opposer à lui? Le cas de Faustin Boukoubi est parlant, pourquoi Ali Bongo humilie ses propres partisans? Pourquoi Ali Bongo gouverne le pays avec des étrangers fraîchement naturalisés? Si comme certains l'affirment, Ali Bongo a été préparé par Omar Bongo pour lui succéder. Pourquoi Ali Bongo s'acharne -t-il à liquider tout l'héritage d'Omar Bongo? Nous pouvons nous étaler à l'infini sur des interrogations...
De 1990 à 2009, le Gabon a perdu 19 ans par la seule faute des leaders de l'opposition politique à Omar Bongo. De 2009 à maintenant le Gabon a perdu encore du temps, cette fois à cause de tous ces "tribalistes"et autres personnalités d'envergures qui comme Ping pensaient qu'Ali Bongo était le moindre mal.
A les écouter Ali Bongo était le candidat choisi par défaut. Ce dernier flanqué d'un scénario joué d'avance, se targes de slogans imaginatifs et rêveurs,"l'avenir en confiance". Ali Bongo, n'a pu impulser à ce régime les restructurations qui s'imposaient. Il a plutôt opté pour la facilité en misant sur la passivité, l'incrédulité et la cupidité de toute l'élite du pays. Cinq ans après, l'Émergence d'Ali Bongo aura été un concept de promesses abstraites créant un espace infranchissable entre les attentes de tout un peuple et la volonté réelle du pouvoir de les réaliser. Un égoïsme calculateur qui oscille entre besoin de s'enrichir et volonté de domination. Rien pour le peuple, tout pour eux. Rien pour les autres tout pour lui. Cinq ans après, l'Émergence symbolise cette agitation dans "l’immédiateté "qui passe par des "immédiatetés"successives très singulières, des projets, du rêve, rien, sinon un formidable coup de bluff...
Ainsi, à force d’oublier l’essentiel par la diversion, on finit par oublier l’urgence de l’essentiel, le "problème de fond", la "question vitale". Cette absence de vision de "l'Émergence" nous oblige à rester sur nos brèches. Il y a une continuité dans la discontinuité, au bout du compte, nous sommes toujours pris dans la nécessité de résister.

Nous sommes Tous Souverainistes!
Aujourd'hui, une crise profonde s'installe sans savoir ce qui va en sortir. Avec l'apparition de Jean Ping et de Jacques Adiahenot on se rend compte qu'il existe des forces dispersées, nichées, qui ne se connaissent pas les unes les autres.
Ping mieux que quiconque sait qu'il n'a pas le droit à l'erreur, il lui est impératif de trouver une plate forme commune avec toute l'opposition. Le temps presse...
Sans cette plate-forme sans ce levier d'union "des forces", sa "sortie fracassante" risque de se transformer à une tempête dans un verre d'eau. Avec les convictions qu'il affiche, l'envie d'en découdre et le dialogue rassembleur qui est le sien, il peut y arriver.
Des grandes crises suscitent des hommes capables de porter la résistance. Pour l'avenir, pour 2016, Il faut un leader unique de l'opposition mais aussi un schéma politique plein d'inspiration , une conscience nationale et un peuple lucide. Si cette opposition s'organise en un faisceau alors ce sera une force de pression incroyable qui pourra influer sur le destin du Gabon. Tout commence par une déviance, qui se transforme en tendance, et qui devient une force, une force historique.
Au Gabon rien ne va.. Que faire? S’indigner, certes. Mais surtout agir, résister au diktat de la dictature: L'espoir est à portée de main. Le devoir qui s'impose est de restituer aux gabonais leur souveraineté.
Guilou Bitsutsu-Gielessen