Lettre à Monsieur Ali Bongo Ondimba



Lettre à Monsieur Ali Bongo Ondimba, Président du Gabon
par Guilou Bitsutsu-Gielessen, mercredi 29 août 2012.
Monsieur le Président et cher compatriote c’est avec solennité que je m’adresse à vous par le biais de ce canal virtuel d’informations qu’est le Net. Bien entendu, j’aurais souhaité vous écrire par l’intermédiaire des supports et canaux médiatiques gabonais, mais mieux que quiconque vous savez ce que vous en avez fait.
En introduisant cette lettre dans votre site officiel, j’ai espoir que vous la lirez.
En Octobre 2012, si Dieu et le Peuple le veulent, vous entamerez votre 4ème année à la tête du Gabon.
Aux Etats Unis, pour un Président Américain cela correspondrait à la fin de son mandat, l’heure des adieux. En France, pour le quinquennat du Président c’est le début de la fin, l’heure des sanctions et des grands bilans.
Au Gabon même avec un septennat c’est déjà un peu plus de la moitié du parcours, donc l’élaboration d’un bilan de votre action vous impose.
Toutefois, ce n’est guère votre bilan qui  motive mon courrier.
En effet, en politique plus que dans la vie, chacun doit dresser le bilan de son action et évaluer à travers un tableau récapitulatif si  les objectifs assignés ont été atteints au minima, au médium ou au maximum. Excusez-moi du peu, je sais, je ne vous apprends rien, aussi je vous laisse le soin de le dresser et l’exposer à l’analyse et à la critique.
Pour rappel, sous prétexte d’améliorer le quotidien des Gabonais depuis près de 3 ans, vous êtes monté dans un avion plus de 440 fois, et sur vos 1000 jours à la tête de l’Etat vous avez passé près de 620 jours hors du Gabon. A 3 Milliards de FCFA le coût moyen d’un voyage présidentiel, je vous laisse le soin de faire le calcul.
Dans vos valises, vous nous avez ramené d’abord l’énigmatique société «  Bechtel » qui gère sous votre tutelle de façon opaque la totalité du budget d’investissement du Gabon. Puis, la sulfureuse société «  Olam » dont la spécialité de la terre brulée n’est plus à démontrer. Ces deux entreprises ont au moins un trait commun, elles sont les plus contestées du Gabon. Vous en êtes vous rendu compte ?
Quant au sort des populations Gabonaises, il ne rentre pas dans vos préoccupations. En 3 ans et ce malgré vos nombreux déplacements à l’étranger, vous n’avez initié aucune tournée interprovinciale, aucune visite de l’arrière pays, de nos villages, de nos populations rupestres et démunies. Même vos électeurs, ceux qui ont « voté pour vous » en 2009, n’ont pas eu droit à une tournée de remerciements.
Je ne parlerai même pas de votre voyage touristique le long de « la route économique » ou pour faire montre de proximité avec vos concitoyens vous vous êtes régalés de « coupé coupé » devant une assistance de badauds dépêchés sur place.
La grande majorité des Gabonais voit à la fois en vous « Le Raïs des musulmans ; Le Président des Gabonais Riches et des Etrangers ; Le Grand Maître des Loges Maçonniques du Gabon ». Sans commentaire…..
Votre gouvernement est désormais dessaisi de l’investissement public, au profit de nombreuses agences, toutes rattachées à vos ordres. Dès lors, les conseils de Ministres vous ennuient : la moyenne est 1 conseil tous les mois voire tous les 2 mois. Avec ce rythme, vous faîtes de l’ombre à Monsieur Paul Biya.
Ne parlons pas de votre modification sur mesure de Notre Constitution qui légalise le renforcement des prérogatives du Président de la République qui passe de super-Président à Roi-Président. Pire, les nouvelles dispositions constitutionnelles vous accordent l’exclusivité des questions de défense et de sécurité, vous êtes seul en mesure de déclarer une guerre ou de décider de l’exercice de la contrainte légitime.
Monsieur le Président et cher compatriote, je vous épargne du bénéfice de la discussion sur le domaine politique. En effet, Il n’y a rien à dire. Les chiffres de la dernière élection législative et la représentativité à l’Assemblée Nationale parlent d’eux même.
Tout ceci m’amène à penser que seuls les Gabonais et les historiens vous jugeront sur vos promesses, vos réalisations et votre bilan à la tête de l’Etat.

Je ne me permettrai pas de vous rendre responsable de tous les maux du Gabon mais le maintien et le perfectionnement de ce système de pouvoir d’un autre âge dont vous revendiquez la propriété et l’héritage, font de vous le principal responsable de la misère des Gabonais.
 Le peuple Gabonais sans perspectives, contraint à votre offre d’émergence, appelle à l’aide.
Sans médire, la situation actuelle du Gabon et des Gabonais montre à suffisance que votre bilan est atteint au minima et les objectifs phares de votre tryptique : « Gabon vert, Gabon des services, Gabon industriel» ont été ignorés. Et que dire de votre slogan phare dont aviez affublé le Gabon en 2009,  «  l’avenir en confiance » ?
Monsieur le Président et cher compatriote, le Gabon vous l’avez trouvé avec ses difficultés et ses problèmes mais c’était un pays en paix et uni.
Depuis 2009, date du début de votre magistère, nous ne comptons plus les morts et les prisonniers d’opinion.
A vous entendre, votre opposition politique se résume à une bande d’irresponsables, faussaires et rancuniers. En échange, cette opposition ne reconnait pas en vous le Président légitime du Gabon. Vous constatez vous-même dans quel imbroglio nous sommes plongés depuis 2009.
Que dire du peuple Gabonais soumis et silencieux qui fait face à cette situation avec l’impuissance et l’amertume d’un laissé pour compte ? A la violence quotidienne que vivent les Gabonais (pouvoir d’achat en baisse, chômage en hausse, éducation aux rabais, transport public inexistant, délinquance économique, système de santé moyenâgeux, nivellement par le bas, liberté d’expression sous contrôle, Crimes Rituels…) s’ajoute aujourd’hui la violence des forces de l’ordre.

L’Emergence tant annoncée ne se referme telle pas comme un piège sur le Peuple par l’entremise de la chicotte, de la bouche cousue et du fusil pour finir ?
Au débat démocratique, à la demande sociale, aux réformes de nos Institutions vous répondez : repli identitaire, tribalisme et manipulation du peuple comme actuellement dans les médias TV et presse à votre ordre.
Dans le débat politique, les notions de pouvoir d’achat, logement, transports publics, santé, croissance économique et bonne gouvernance ont cédé le pas à Chienlit et Tribalisme.
Que dire de tous les étrangers dont vous vous êtes entourés dans la gestion du pays ? N’est-ce pas une forme de rejet des citoyens Gabonais aptes à occuper ces postes ou mieux encore, n’est-ce pas une sanction tribaliste que vous infligez à la nation Gabonaise ?
Que dire de l’islamisation à grand pas et marche forcée, de vos actions sectaires et partisanes en faveur de l’islam ou des Francs maçons, ne sont ils pas des pieds de nez au principe de laïcité cher à notre République ?
Pourquoi  Mr le Président et cher compatriote vous vous accommodez de la Dictature comme mode de Gouvernance ?
Aussi, sans revenir sur les élections de 2009, sur le contentieux électoral, sur le débat sur votre légitimité à la tête du Gabon, même en me bandant les yeux et en admettant  un seul instant que les chiffres de la CENAP sont vrais et font de vous le vainqueur par défaut de cette élection, il en ressort que 60% de Gabonais ne vous ont pas accordé leur confiance et il va de soit que ce sont ces mêmes 60% de Gabonais qui vous demandent la tenue d’une Conférence Nationale Souveraine comme solution à la crise politico-sociale que traverse notre pays.
Tous les voyants du pays sont au rouge malgré l’ambiance folklorique qu’entretiennent le PDG et les médias sous tutelle.
Tout a été dit, Tout vous a été dit, mais monsieur le Président et cher compatriote, jusqu’à quand allez-vous ignorer la demande insistante du peuple Gabonais?
Mr le Président et cher compatriote, je vous exhorte à recentrer le débat sur les préoccupations des Gabonais et sur le dialogue National sans exclusivité (partis politiques, syndicats, société civile), n’en soyez pas Exclus de votre propre chef.
Nous avons besoin de tous les Gabonais pour la reconstruction, pour la formation de la 3ème République Gabonaise, permettant à chacun de vivre dignement dans un pays de Droit, par la croissance économique et une meilleure répartition de nos richesses, l’ensemble permettant de créer l’espoir d’une meilleure vie.
En s’inspirant de l’histoire des révolutions, en prenant appui sur les évènements récents du printemps Arabe, tout le monde hormis vous a compris qu’un  peuple sacrifié et incompris gagne toujours.
Dois-je me permettre de vous dire, Mr le Président et cher compatriote, qu’inéluctablement si vous persistez dans cette posture, votre défaite est programmée.
Dois-je vous dire, Mr le Président et cher compatriote, que tous les étrangers qui vous entêtent, et vous soutiennent dans le bras de fer que vous avez engagé contre le peuple Gabonais seront les premiers à abandonner le navire.
Mr le Président et cher compatriote, en bon père de famille, j’ose croire que vous allez préserver la vie des Gabonais et alléger leurs souffrances. J’ose croire aussi que vous vous aimez, vous aimez votre vie, votre bonheur, votre confort et que vous ne prendrez pas le risque d’embraser le Gabon et peut-être vous avec.
Sauf votre respect, Mr le Président et cher compatriote, au sommet d’un Etat de droit on ne s’accommode pas de l’entêtement et de l’aveuglement. Ainsi, cette devise non appliquée de votre Parti-Etat le PDG : « dialogue, tolérance et paix », doit incarner en vous une ouverture au dialogue politique pour l’avenir du Gabon.
A terme, Votre refus au dialogue politique et social obligera le peuple Gabonais et la classe politique toute entière y compris celle sous votre botte à demander votre Départ. Si vous le souhaitez, après trois années  passées à la tête du Gabon vous pourriez aussi tirer votre révérence vous n’en seriez que grandi. Toutes ces options sont sur votre table.  
Prière d’accepter, Monsieur le Président et cher compatriote, l’expression de mes salutations les plus distinguées. Je vous remercie.
Dr Guilou Bitsutsu-Gielessen, Secrétaire Exécutif de l’Union Républicaine pour la Démocratie et le Progrès URDP, parti membre de la CPPA.
Le 29 Août 2012