mercredi 5 septembre 2012

Les Gabonais ont-il une âme nationale ?



Les Gabonais ont-il une âme nationale ?
Dr Bitsutsu-Gielessen – 21.08.2012

Une fois de plus l’actualité à chaud du Gabon et le projet d’arrestation de Mba Obame me sortent de ma distance et m’interpellent ; en effet, au-delà du régime des Bongo toujours égal à lui-même c'est-à-dire une kleptocratie organisée qui glisse vers la terreur faute de solutions à la demande sociale, c’est l’attitude du peuple Gabonais souverain qui me déconcerte. Tout laisse à croire que les Gabonais ne se sentent en rien concernés par les évènements qui ont lieu dans leur pays et leur silence coupable compromettant m’afflige et m’attriste. 
Voyez vous-mêmes : en 2009 nous avons eu des massacres à guichet fermé à Port-Gentil ce n’était pas grave, c’étaient des Orungu, des Nkomi et quelques Punu. Personne ne s’en est ému. La semaine dernière nous avons eu une répression sanglante à Cocotiers… Ce n’était pas grave, c’étaient des Fangs, personne ne s’en est ému. Où va t-on ? 
Aujourd’hui avec Mba Obame, jamais la fibre ethnique n’a été autant agitée par le pouvoir. Pourquoi ? Parce que le pouvoir sait qu’en tant de crise il faut un bouc émissaire, un stratagème. Ali Bongo entouré d’étrangers ne pouvait pas attiser la fibre nationaliste et le contexte aidant, le tribalisme avait plus de chance de fonctionner. En effet, pour le pouvoir, il est rentable ethniquement et politiquement de focaliser l'attention sur Mba Obame, ancien ministre, ancien baron du système et Fang, et qui plus est, Fang du Nord. Ainsi, le pouvoir des Bongo fait de Mba Obame une priorité nationale au risque de l’arrêter et d’en faire un Holocauste. 
Oui je sais, Mba Obame est loin d’être un saint c’est même un acteur de la tragédie gabonaise mais cela ne fait pas de lui une victime expiatoire sacrifiée sur l’autel du tribalisme et de la lâcheté consensuelle. Pourquoi les Gabonais veulent-ils à la fois que Mba Obame les débarasse des Bongo et par la suite soit neutralisé? il doit être sacrifié parce qu’il est Fang donc tribaliste et ancien baron. Toutes cette ambiguïté résume bien l'inconscient politique d'un peuple chloroformé par 50 ans de dictature ayant perdu ces repères d'homme libre conscient et digne. Je peux me permettre d'affirmer que si Mba Obame fait comme lors de la campagne de 2009 un certain pas en avant et reconnaître qui figure dans le train des biens mal acquis, prenait des engagements FORTS en ce sens, il pourrait retrouver une certaine estime dans le peuple Gabonais.
Et, je vous le dit : arrêtez votre vampire, chaque vie humaine compte, chaque Gabonais doit apporter sa pierre à l’édifice de notre Gabon libre. L’illégitimité d’Ali Bongo l’hante au point de paraître amoindri, paniqué et fébrile devant un Mba Obame lui-même diminué par la maladie, se déplaçant à l’aide de béquilles. Pour ainsi dire, cette indexation et la mise au banc des Fangs et du leader d’origine Fang de l’opposition visent à maintenir la domination de la minorité de bandits qui pillent ce pays. 
Le pouvoir au Gabon affirme sa faiblesse et son manque d’audience nationale, et doit compter de plus en plus sur la répression pour tenter de générer un semblant de respect. Au manque de légitimité s’ajoute le défaut de stratégie, de visibilité et de stature du chef de l’Etat. En voulant faire de Mba Obame coûte que coûte un exemple de châtiment et de neutralisation, Ali Bongo veut donner un signal fort en direction de tous ceux qui ont une velléité de braver son pouvoir. Par conséquent une fois de plus et de trop Ali Bongo se disqualifie et prend la route de l’inconnu. 
Les Fangs nouvel horizon du pouvoir ?
Et pour se débarrasser du fantôme qui l’empêche de dormir, Ali est près à tout, même à sacrifier l’Unité Nationale. Le pouvoir veut réduire le peuple Gabonais à une bande de moutons par le simple fait de traiter les Fangs de tribalistes. 
Le peuple Gabonais doit s’en offusquer et d’arrêter de se complaire dans cette posture que lui ordonne son silence. Les Fangs, toujours les Fangs, encore les Fangs ce que l’on peut entendre par ci, par là. Les Fangs subissent la vindicte de la minorité et des faibles d’esprits, accusés de tous les maux simplement parce qu’ils sont bouillonnants, nombreux et ont le sentiment tous d’être brillants. D’ailleurs ce sentiment attise en eux un certain complexe de supériorité qui est mal ressenti par les « autres ». A tel point que quand les Fangs sont dans quelque choses les « autres » ont cette phrase « les fangs ! Ils sont trop » et quand ils leur arrivent un malheur c’est unanime « ils aiment trop faire le malin tant pis… ». Aussi, une relation durable et de confiance doit s'installer entre les Fangs et les "autres". les Fangs doivent plus de considérations aux « autres » et les « autres » doivent arrêter de voir en les Fangs des éternels envahisseurs. 
Bien entendu, cet imaginaire populaire est du pain béni pour le pouvoir qui l’use en abondance pour distraire, diviser, faire peur, empêcher toute fédération du peuple et déplacer le débat social et politique sur les démons de l’Ethnie et du tribalisme. Ne nous mentons pas, si nous ne pouvons pas vivre ensemble, tous ensemble, prenons nos responsabilités. La nation est fondée sur l’adhésion commune à un idéal du vivre ensemble. Si ce contrat social ne tient plus la route, soit on le change, soit on le rompt. Dans ce cas, n’ayons pas peur des mots c’est la Séparation. Evitons donc, d’en arriver à cette extrémité et des outils existent pour ça ! Le concept de Nation, le sentiment d’appartenance au peuple Gabonais, les critères de la République Une et indivisible doivent prévaloir au-dessus de Tout et de Tous. 
Toute cette problématique devra faire partie des débats et trouver une solution définitive lors de la Conférence Nationale Souveraine que nous Tous souhaitons. Le peuple Gabonais avare de réactions et de personnalités qui s’engagent fermement doit se ressaisir et empêcher cette forfaiture criminelle qui consiste à opposer les filles et fils du Gabon. Il y a une réalité que le débat ethnique veut occulter par-dessus tout : c’est la demande sociale du Grand Parti des Exclus, de ceux qui souffrent de la corruption et du chômage, la majorité des Gabonais sous le soleil qui vivent avec moins de 100 Cfa par jour, qui s’oppose au petit parti des gros pilleurs tapis dans l’ombre de l’opulence.


Dr Guilou Steeve Bitsutsu-Gielessen Secrétaire Exécutif de l’Union Républicaine pour la Démocratie et le Progrès