mercredi 5 septembre 2012

En route vers la Conférence Nationale Souveraine au Gabon - interview 1



En route vers la Conférence Nationale Souveraine au Gabon. Interview exclusive du Dr Guilou BITSUTSU-GIELESSEN, Secrétaire Exécutif de l’URDP (membre de la CPPA).

Le 19 Juillet 2012
Nous (Fax1) avons interviewé Monsieur Guilou BITSUTSU-GIELESSEN Secrétaire Exécutif de Union Républicaine pour la Démocratie et le Progrès (URDP) parti de l'opposition Gabonaise membre de la Coalition des Partis Politiques pour l'Alternance (CPPA).Monsieur Guilou BITSUTSU-GIELESSEN a participé à la réunion de restitution des travaux préparatoire de la récente Rencontre de Paris le 14 Juillet dernier et a été interviewé depuis par le Dr Mouketou dans son émission sur INRI Radio / The Jack Roger Show. Il ré interviendra ce soir sur cette radio, confronté à Monsieur Hermann Kamonomono, Secrétaire général du PDG-Etats-Unis. 

En résumé :

Les Bongo sont la cible mais l'objectif est ce système criminel d’un autre âge. Au Gabon on est tenté d’imaginer qu’il faut un président qui ne soit pas franc-maçon. Les leaders de l'opposition actuelle sont et ont été les éminences des réseaux parallèles. Sans renouvellement des élites dans la Haute Administration il n’aura pas de rupture. Les acteurs politiques : nous devrions être un relais de la pression populaire et nous engager à être les garants du respect de l'État de Droit. Les Gabonais se sont déjà appropriés ce processus (de Conférence Nationale).La situation est intenable politiquement et les risques de dérapage sont réels. Elle doit être le socle de l'avènement de la deuxième République Gabonaise et de la rupture de 45 ans de dictature. Cette Conférence Nationale est le seul exutoire à la violence.

Bonjour Monsieur BITSUTSU-GIELESSEN. Merci de présenter rapidement l’URDP que personnellement je ne connaissais pas.
L’URDP (Travail-Justice-Patriotisme) est présidé par Jean Marcel Mallolas professeur de Droit Public, assisté par Alain Engouang chef d’entreprise, et moi-même. Je suis enseignant en Histoire à l'IFSP (Institut des Finances et des Sciences Politiques) de Libreville. Après les élections de 2009 et mon refus personnel d'adhérer à l'Union Nationale, je prends la tête de l’URDP, parti d'opposition créé dans le sillage de la conférence nationale de 1990 et j'imprime ma marque.

Quel est l'ancrage de l'URDP en terme géographique et d’élus locaux?
L'ancrage se situe dans 5 des 9 régions du Gabon. Ayant boycotté les dernières élections législatives avec l’ensemble de l’opposition, pour l'instant nous n’avons pas d’élu local. Ce parti était en état d’hibernation, nous sommes actuellement en train de le faire revivre.

Un micro, non - un nano parti! En quoi est il utile dans le paysage politique actuel?
Il est micro c’est vrai mais il grandit. Il est utile car géré par des hommes vierges de toutes compromissions avec les Bongo-PDG. Il n’est pas un parti anti-Bongo mais plutôt antisystème Bongo-PDG. Avec une audience jeune et fraiche.

Expliquez nous la notion de parti anti-Bongo vs parti anti système Bongo-PDG. En quoi consiste concrètement le système Bongo?
Les partis anti-Bongo sont des partis d’opposition de personnes et non d'idées. Ils ont pour la plupart participé à des gouvernements de large ouverture sans imprimer la marque du changement ou de la rupture et la plupart de leurs leaders sont issus du grand parti Etat qu’était le PDG. Ces gens là ont été tellement bercés et formatés par le système qu'on peut craindre qu'ils le reproduisent une fois portés aux affaires. Maintenant nous les anti système, nous pensons que les Bongo ne sont que la personnification d'un mal profond qui faut rompre définitivement. Les Bongo sont la cible mais l'objectif est ce système criminel d’un autre âge.

Comment ce système criminel s'auto-entretient il?
Le système s'auto entretient par la fidélité à l'argent et au gain facile, par des réseaux ethniques et familiaux. Etre franc-maçon est un atout. Ensuite, par l'accaparement du bien public par une clique restreinte autour des Bongo et qui par la suite redistribue les rôles et les prébendes.

Quels peuvent être les moyens pour le peuple gabonais d'être parti prenante du débat public, et en capacité de contrôler l'action de leurs élus?
Il y a aujourd’hui un gros travail à faire au sein du peuple afin de lui rendre sa souveraineté et sa légitimité sans cesse bafouées depuis 45 ans. Pour cela il faut remettre à plat nos institutions, rédiger une nouvelle Constitution, instaurer un État de Droit où chacun se reconnaitra, bien mettre en place et garantir tous les éléments de la crédibilité d’une élection . Quand le peuple saura qu'on respecte ses choix politiques et sa parcelle de pouvoir que lui offre le suffrage universel, alors je pense que le peuple pourra avoir la place qu’il lui revient dans le débat public et le contrôle de ses élus.

Est il réalisable de contrôler / surveiller ses cercles notamment francs maçons, qui créent manifestement un état dans l'état? 
Chaque citoyen est libre de ses convictions religieuses ou ésotériques. Etre franc-maçon est un choix personnel. Au Gabon il est connu de tous que la franc-maçonnerie est instrumentalisée dans le but de canaliser les élites et les têtes qui dépassent. Ses obédiences profitent de la misère et de la pauvreté matérielle des élites en leur faisant miroiter moyennant une adhésion un cursus honorum. Le chantage se résume ainsi : "Si vous êtes avec nous on vous donne ça parce que nous contrôlons ça et vous ferez ça pour nous". Quel signal donne t-on au peuple Gabonais quand le Président sitôt après avoir prêté serment devant la Constitution prête ensuite serment en tant que chef de tous les francs-maçons ? Au Gabon on est tenté d’imaginer qu’il faut un président qui ne soit pas franc-maçon. La méritocratie, la transparence et la démocratisation des postes et les fonctions dans l'administration publique et des leviers du pouvoir signera la fin de leur emprise. 

Cette analyse sur ces réseaux parallèles a t'elle été reprise dans la déclaration de la rencontre de Paris du 30 Juin / 3 Juillet? 
Je n'en ai pas connaissance, la rencontre de Paris a été axée sur la conférence nationale que l'on souhaite de nos vœux : la refonte des institutions et le mode des élections. On est toujours dans l'anti Bongo-PDG mais pas assez dans l'antisystème. En effet, les méfaits que sont les "cercles" et autres réseaux au Gabon sont le cœur du système. Mais, soyons positifs, c’est un bon départ.

Puisque ceci est un phénomène connu, pourquoi cette idée n’a pas été reprise?
Parce que simplement les leaders de l'opposition actuelle sont et ont été les éminences des réseaux parallèles. Ils les entretiennent toujours mais à leur fins. Aussi, il faut au préalable l’amorce d’un renouvellement de la classe politique.

Donc, vous souhaitez que de nouveaux responsables intègrent l’administration de l’Etat. Ces ressources humaines en quantité et en qualité existent-elles pour refonder cette ossature ?
Sans renouvellement des élites dans la Haute Administration il n’aura pas de rupture. L’administration gabonaise est un gage au népotisme, les ressources humaines existent et foisonnent mais elles souffrent de l’indifférence des gens du pouvoir. Elles seront très vite mobilisables pour la reconstruction.

La fonction publique étant déjà largement en surnuméraire, que faites vous des fonctionnaires en surplus ?
La fonction publique gabonaise n’est pas en surnuméraire, je dirai plutôt qu’il n’y a pas de politique de recrutement ni de plan ou de suivi de carrière. Il y a des administrations avec un trop plein et d’autres avec un vide, notamment dans les agents d’encadrement. Il faudra rationaliser tout ça !

Pour revenir aux réseaux opaques, comment la pression populaire pourrait elle les inciter à avoir un comportement dans le respect des institutions de l'Etat? Est-il illusoire de vouloir contrôler ses réseaux ?
L’Etat de Droit et son respect sont la clé de voûte du respect des institutions. Les réseaux opaques sont les enfants de la corruption, il faut combattre la corruption pour les contenir. Mais vous savez que dans tous les pays ces réseaux opaques existent. 

Comment la population gabonaise pourrait elle agir concrètement en tant que contre pouvoir? Comment s’informe-t-elle ? La population gabonaise est mal informée et sous-informée. En tant que contre pouvoir au sens démocratique du terme, il lui est quasiment impossible d’exister, sauf à faire acte de violence, consécutif à une manifestation de masse.
Vous paraît-il possible et faisable d'éveiller les consciences? Si oui, comment?
Nous, les acteurs politiques, nous devrions être un relais de la pression populaire et nous engager à être les garants du respect de l'État de Droit. Nous devons nous armer de patience et de pédagogie pour la transmission de notre message. La tolérance et le respect des uns et des autres dans un pays multiethnique est un gage d’éveil des consciences et affermit la nation. Aujourd’hui, quand je vois ce bouillonnement sur les réseaux sociaux de ces jeunesses gabonaises, j’ai l'intime conviction que l'éveil est en marche. Les réseaux sociaux sont un véhicule d’échanges unipersonnels qui fait abstraction de l’origine ethnique ; c’est un élément fédérateur. Ils nous font oublier l’absence et la censure des circuits classiques de relai de l'information.

Quelle est selon vous la répartition entre les gabonais du Gabon et les Gabonais de l'extérieur sur les réseaux sociaux? 
J’ai été surpris de recevoir un message email d'un de mes anciens élèves de 1996. Dans la discussion il me dit qu’il est à Lambaréné où il vit maintenant. Je lui ai demandé s’il y avait internet là bas. Il m’a répondu de façon évidente "bien sûr". Détrompez vous, internet se propage au Gabon à une vitesse grand V et tous les gabonais y plongent pour avoir les infos qu'ils n'ont pas des chaînes publiques. La tendance est en train de s'inverser entre les nationaux utilisateurs des réseaux sociaux et la diaspora.

Comment les messages sont ils in fine portés aux gabonais du Gabon, qui représentent la plus grande proportion?
Tous les partis politiques de l'opposition ont aujourd’hui un Monsieur Internet afin de les informer et de véhiculer leurs messages. Ils sont tous là dans l’internet sous des pseudos et la population suit le mouvement. Comme je l’ai dit, Internet est en train de contrer la censure et l'absence d'espace d'information démocratique.

Avez-vous une idée du taux de pénétration d'internet au Gabon?
Le taux de pénétration est légèrement inférieur au taux de pénétration du téléphone portable. Tous les opérateurs proposent des offres d'appels adossés à une offre de connexion internet. Les prix d'abonnement ont beaucoup baissé et s'alignent sur ceux du Mali. De plus, la fibre optique a fait son apparition. La société de consommation fait le reste. Avec de tels canaux d'information, le bouche à oreilles est le relai final. Ne pas oublier qu'on est en Afrique !

Donc vous êtes confiant sur la transformation des actions d'éveil et de sensibilisation qui sont menées actuellement sur Internet en actions concrètes sur le terrain?
Tout à fait, Je suis confiant sur la sensibilisation via internet et les réseaux sociaux (Facebook, Twitter) et des blogs comme le vôtre.

Dernière question : Quelles sont pour vous les chances de succès de cette nouvelle conférence nationale ? Quelles assurances avez-vous que les problèmes que vous avez indexés seront effectivement traités ? Que les populations pourront réellement exercer leurs droits à s’approprier ce processus, et à y participer?
Tout le monde a en souvenir les élections de 2009, la contestation et la violence qui s’en est suivi. Personne ne prendrait le risque de revivre ça ! Les Gabonais savent ce qu’on leur a volé lors de ce scrutin, la preuve : le taux d’abstention 92% lors des élections législatives de 2011 qui en dit long. Par conséquent, ils se sont déjà appropriés ce processus. Tout le monde veut de cette Conférence Nationale, même le parti au pouvoir. La situation est intenable politiquement et les risques de dérapage sont réels. En cas de dérapage, le pouvoir a tout à perdre vu qu’il possède tout. Aussi, le contexte politique s’y prête notamment avec l’arrivée de la Gauche française aux affaires avec un Président qui a donné le ton lors de l’entrevue le 5 juillet avec le Président Gabonais.

Pour conclure cet entretien, souhaitez-vous revenir sur un sujet que nous avons évoqué ensemble, ou souhaitez vous ouvrir une autre perspective?
Le Gabon est à la croisée des chemins, ça passe ou ça explose! La seule issue propre, honorable et pacifique au problème du blocage politique du Gabon est une Conférence Nationale Souveraine d'un genre nouveau en faisant abstraction de toute fanfaronnade et de tout opportunisme politique. Elle doit être le socle de l'avènement de la deuxième République Gabonaise et de la rupture de 45 ans de dictature. Cette Conférence Nationale est le seul exutoire à la violence... Que chacun prenne ses responsabilités devant l'Histoire. Je vous remercie.

Merci pour cet entretien de qualité. Nous reviendrons vers vous au cours de ce processus patriotique et républicain, pour reprendre le pouls de la situation.
Fax1, Le 18 Juillet 2012 – édité le 19 Juillet 2012 - publié notamment sur Gabon Enervant.